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Illustration: Annabelle Guetatra

JARDIN JERRICANE

FR
 

Naître dans notre temps, c’est vivre depuis toujours sa vie consciente de l’horizon catastrophique qui nous menace, c’est être témoin de la chute d’un monde et néanmoins sentir dans ses veines les débordements de vie propre à la jeunesse. C’est sentir intimement en même temps la nécessité et la futilité de témoigner de l’impasse dans laquelle on a baigné toute sa vie, c’est se sentir menacer de disparition et en même temps vouloir disparaître ; c’est sentir la nécessité, à 25 ans, d’apprendre à mourir, tous ensemble.

Le jardin dans lequel nous invite Lorena est dense. Il apparaît comme un trou noir, une déchirure dans l’espace-temps émotionnel, comme un lieu où vivent, tels des rescapés, le refoulé et le monstrueux. C’est un monde apparemment extraterrestre, séparé du nôtre, où se consomment les existences d’êtres mutants, des résidus, des rescapés ayant survécu à la purge spectaculaire du monde. Ils habitent désormais un entre-deux entre passé et futur, ils rêvent d’un chez-soi qui peut-être existe encore ou qui existera peut-être un jour. 

Tout en faisant preuve d’une étonnante maturité désenchantée, Lorena Stadelmann remplit la salle d’une violence rafraîchissante et restitue au moment présent toute sa valeur, en le teintant même, par moments, d’espoir. Tantôt enragée, tantôt résignée, tantôt enfantine ou même décalée, voire amusée, la voix de l’artiste nous offre un accès à la palette contrastée des différentes attitudes que la jeune génération adopte continuer à habiter les ruines d’un jardin déchu. Cette forme-de-vie qui, pour le dire avec l’artiste, est née “au moment où tout était à l’envers”, où “tous les temps s’emmêlent”, fouille la grande décharge qu’est le monde, à la recherche “de mégots et de mots d’amour”, de ces “mémoires de futurs oubliés”, dont la texture permet encore de se sentir chez soi. “Ok Ok on a muté! … amputé!”. 

Texte: Luca Depietri, Dramaturge

 

EN

To be born in our time, it is to live since always its life conscious of the catastrophic horizon which threatens us, it is to be witness of the fall of a world and nevertheless to feel in its veins the overflow of life proper to the youth. It is to feel intimately at the same time the necessity and the futility of testifying to the impasse in which one has bathed all one's life, it is to feel threatened by disappearance and at the same time to want to disappear; it is to feel the necessity, at 25 years old, to learn to die, all together.

 

The garden in which Lorena invites us is dense. It appears as a black hole, a tear in the emotional space-time, as a place where live, like survivors, the repressed and the monstrous. It is an apparently extraterrestrial world, separated from ours, where the existences of mutant beings are consumed, residues, survivors having survived the spectacular purge of the world. They now inhabit an in-between place between the past and the future, they dream of a home that perhaps still exists, or perhaps will exist one day. 

 

While showing an astonishing disenchanted maturity, Lorena Stadelmann fills the room with a refreshing violence and restores to the present moment all its value, even tinting it, at times, with hope. Sometimes enraged, sometimes resigned, sometimes childish or even amused, the voice of the artist offers us access to the contrasting palette of the different attitudes that the young generation adopts to continue to inhabit the ruins of a fallen garden. This form-of-life, which, to say it with the artist, was born "at the time when everything was upside down", when "all times are tangled", searches the great dump that is the world, looking for "cigarette butts and words of love", for these "memories of forgotten futures", whose texture still allows to feel at home. "Ok Ok we mutated! ... amputated!". 

Text: Luca Depietri, Dramaturge

CALENDAR 

2-3-4 march 2022
Théâtre du Jura, Delémont

29-30-1 sep/oct 2022
Format 26, Biel/Bienne

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Lorena Stadelmann in Stamm Studio, Porrentruy. 

Research residency- march 2021